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9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 14:27


L'hypothermie

 par le Docteur Sophie DUMERY

Commission médicale de la FFRandonnée

in Passion Rando n° 14 – 1er tri. 2010

 

 survie.jpg

 

Le bon fonctionnement du corps nécessite une stabilité (homéostasie) thermique à 37 °C. Le métabolisme biochimique cellulaire dit « basal » assure cette stabilité grâce à des ordres venus du cerveau (centre régulateur). Le cerveau décide aussi des comportements adéquats à adopter pour réchauffer le corps quand il risque l'hypothermie ou baisse de la température centrale. Quand les circonstances réduisent sa lucidité, des erreurs en cascade peuvent aller jusqu'au décès.

La prévention lutte contre ces périls, surtout contre leur association.

 

 

L'épuisement insidieux chez les bien portants

On admet facilement qu'une personne malade ou diminuée physiquement soit en danger lors d'une randonnée hivernale soutenue ; aucun animateur breveté n'en prendra le risque. Mais les adultes en bonne santé ont aussi leur limite, à ne jamais surestimer. Josette a marché 7 h à bonne allure (4,5 km/h en moyenne montagne) dans un froid vif et un vent soutenu. Elle a dépensé beaucoup d'énergie pour maintenir sa température centrale et son effort de marche. Après récapitulation rapide, Jean-Claude constate qu'elle a mangé et bu de moins en moins au cours de la journée. La fatigue tend à diminuer l'appétit et le cercle se referme : « Je fatigue, donc je me restaure moins, donc je fatigue encore plus, donc je me restaure encore moins... »

L'épuisement s'installe. C'est le premier facteur d'hypothermie en pays tempéré.

 

Le froid et le vent

Le corps perd sa chaleur par convection (vent), conduction (contact), évaporation (sueur) et radiation (rayonnement infrarouge). La rando en ligne de crête très ventée est donc à haut risque. La couche d'air chaud isolante que produit le corps autour de lui est constamment balayée. Alors, il la reconstitue en permanence en puisant dans ses réserves.

Même avec des vêtements adaptés, cette déperdition n'est jamais totalement contrôlée. Il persiste des zones (tête ou extrémités) où le sang passe moins ou plus pour épargner la chaleur interne des viscères (noyau central). Cela provoque des gelures en plus du risque d'hypothermie. L'indice Windchill*, ou indice de refroidissement éolien, donne la température effective à la surface d'un corps selon la vitesse du vent auquel il est exposé, c'est la référence du risque de gelures et d'hypothermie (voir encadré).

 

Et la pluie...

La pluie est un ennemi sournois. Une personne mouillée perd énormément de calories par évaporation et conduction. Un litre d'eau évaporée consomme quelque 580 kilocalories : soit trois barres énergétiques standards, et presque deux pains au chocolat. C'est, en plaine, le deuxième facteur de refroidissement avant le froid. D'autant plus dangereuse qu'elle s'accompagne de vent soufflant fort.

 

Les chocs et traumatismes

Toute l'énergie dépensée à faire face aux circonstances est détournée du maintien thermique : émotions et traumatismes coûtent en calories, « mangées » par le choc. Les blessés se refroidissent très vite, même en milieu chaud. Heureusement, Josette n'a pas encore chuté. Mais elle ne peut reprendre la marche sans risquer un accident. Ce qui dérange beaucoup Jean-Claude qui ne trouve pas un lieu propice à une halte sanitaire. Il faudrait un endroit plus abrité pour la collation restauratrice qui s'impose immédiatement.

 

Mettre à l'abri du vent et du froid

La première chose à faire est d'interrompre la perte calorique en mettant la personne à l'abri du vent et du froid ; idéalement, il faut la placer rapidement au repos dans une atmosphère chaude et calme. Sur sentier, le bon sens consiste à trouver un repli de terrain à l'abri du vent et de la pluie, puis à rassembler le groupe autour de la victime afin de l'isoler du vent et de lui procurer la chaleur de groupe, le temps de la restaurer (ainsi que les autres randonneurs probablement pas très loin du même état !). On peut aussi l'envelopper dans une couverture de survie, qu'elle gardera sur elle le temps de la descente si sa récupération est satisfaisante.

 

Faut-il faire bouger la personne refroidie ?

Ce n'est possible que si elle dispose de réserves caloriques suffisantes. Sinon elle s'effondre, en « collapsus » pour les médecins, une situation rapidement fatale en l'absence d'une réanimation adéquate. Donc, pas question de forcer l'épuisement installé ! Il faut remplir la victime de calories immédiatement utiles. C'est-à-dire manger et boire sucré. Et idéalement chaud.

Attention, alimenter et hydrater n'est possible que si la personne est bien consciente (voir encadré sur les stades hyperthermiques). Tout état « vaseux » ou léthargique est à risque ; il ne faut JAMAIS en arriver là.

 

Boire et manger chaud

Augmenter la température corporelle est beaucoup plus facile quand on boit et mange chaud, car la compensation thermique est immédiate au centre du corps (noyau central) grâce au tube digestif. Avoir une bouteille isolante pleine de thé sucré (ou soupe) est la meilleure précaution mais elle pèse lourd dans le sac. Attention, le café majore la consommation énergétique, et le risque de gelures en fermant les artères: il est franchement déconseillé! Heureusement les Tintins Baladeurs fournissent une bonne rasade de thé sucré à Josette pour commencer. Elle émerge de son marasme en 2-3 minutes, et peut ensuite ingurgiter une grosse poignée de fruits secs, à haut pouvoir calorique dans un volume réduit. La pause ne pouvant se prolonger plus de 10 minutes sans refroidir tout le monde, on décide d'encadrer étroitement Josette sous sa couverture de survie pendant la descente. Jean-Claude se tient prêt à alerter les secours si elle fléchit de nouveau.

 

Ne jamais attendre la fatigue pour se restaurer

Les collations glucidiques prises de façon régulière toutes les deux heures, ou toutes les heures, selon l'effort fourni, préviennent l'épuisement des réserves énergétiques en glucides et glycogène. Les boissons compensent les pertes par sudation (peau) et par évaporation (respiratoire) et maintiennent le volume sanguin à haut niveau : il peut donc nourrir et réchauffer tous les organes pendant l'effort. Le bon débit sanguin (chaleur et coloration) aux extrémités (doigts) est le meilleur signe de bonne hydratation et de bon équilibre thermique.

 

 

Jamais d'alcool

L'alcool « pour réchauffer » est totalement proscrit : il ouvre les artères et libère à l'extérieur ce qui reste de chaleur dans le corps de la victime. Bref, il l'achève ! En randonnée, l'alcool est réservé à l'étape de fin de journée, au chaud, avec des victuailles et beaucoup d'eau. Jamais sur les sentiers.

 

Les seuils d'alerte

• On parle d'hypothermie légère quand la température centrale descend jusqu'à 35 °C. La conscience est normale ou un peu agitée, et la personne frissonne. Elle respire plus vite, et le cœur s'accélère.

• Entre 35 et 30 °C, l'hypothermie est modérée. La léthargie s'installe, et les frissons disparaissent à 33 °C. Le cœur ralentit ainsi que la respiration. La personne ne marche plus, mais s'enfonce dans le coma.

• Au-dessous de 30 °C, l'hypothermie est sévère et entraîne le décès environ une fois sur deux. Le coma est là, les poumons ne fonctionnent quasi plus et le cœur est très lent. Tout est en « hibernation » jusqu'à l'état de mort apparente. On ne sait pas qu'une victime d'hypothermie est morte tant qu'elle n'a pas été réchauffée.

• On ressuscite des personnes hypothermes jusqu'à 20 °C (quelques cas plus bas) si elles sont jeunes et en pleine forme (grosse réserve vitale), mais la réanimation de haut niveau ne garantit pas le retour aux facultés antérieures, en particulier cérébrales.

 

* L'indice Wïndchill*

ou indice de refroidissement éolien (IRE)

On le doit aux services météorologiques canadiens et américains. Il donne la température ressentie en fonction du vent et de la température ambiante, et s'exprime en °C alors que, selon la formule, il ne devrait pas avoir d'unité. L'IRE n'est calculé que pour des températures égales ou inférieures à 5 °C et des vitesses de vent supérieures à 5 km/h à 10 mètres de haut.

• À 5 °C de température ambiante, la température en surface s'abaisse à 0 °C dans un vent de seulement 30 km/h. Elle descend à -2 °C en surface lorsque le vent souffle à 60 km/h

• À 0 °C ambiant, tout se corse. Un vent de 5 km/h suffit à faire descendre la température de surface à -2 °C. S'il souffle à 20 km/1, il fait -5 °C, et s'il souffle à 50 km/h, il fait -8 °C.

• À température ambiante de -5 °C, le risque hypothermique et de gelure est déjà très présent. Puisqu'un faible vent de 5 km/h produit une température de -7 °C en surface. À 30 km/h, -3 °C !

 

* On peut également définir l'Indice Windchill de manière commune par la température ressentie.

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Published by Randovert - dans Hygiène et Santé
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